Haïti | 218ème anniversaire de la bataille de Vertières

Ce 18 novembre 2021 marque le 218e anniversaire d’une bataille décisive en Haïti, celle de Vertières, qui vit les troupes haïtiennes l’emporter sur celles du représentant de Napoléon, le Général Rochambeau.

La bataille de Vertières, est pour Haïti, la fin d’une longue et sanglante guerre de libération.
Moins de deux mois après avoir écrasé l’armée française que Bonaparte avait envoyée rétablir l’esclavage, le 1er janvier 1804, Haïti devenait le premier État noir des temps modernes.

A ce moment-là, l’histoire d’Haïti est étroitement liée à celle de la Guadeloupe. Car, c’est en apprenant la défaite des troupes guadeloupéennes en mai 1802, et le rétablissement de l’esclavage par Richepance et ses troupes, que le général Dessalines prend la tête des troupes haïtiennes pour les conduire jusqu’à la victoire décisive du 19 novembre 1803.

La bataille de Vertières du 18 novembre 1803 est la plus grande et la dernière des trois grandes batailles de la guerre de l’indépendance. Les deux autres grandes batailles sont celle de la Ravine-à-Couleuvres du 23 février 1802 suivie de celle de la Crête-à-Pierrot (4-24 mars 1802). Au cours de ces deux grandes batailles de 1802 dans l’Artibonite, ce sont les troupes indigènes qui étaient assiégées par les troupes françaises de Leclerc. Mais lors de la bataille de Vertières, ce fut le contraire. Ce sont plutôt les troupes françaises qui étaient cette fois assiégées par les indigènes. Les troupes de Rochambeau contrôlaient dix forts dans les environs de la ville du Cap dont deux, Picolet et d’Estaing, protégeaient le port. Les autres huit fortifications étaient Vigie, Bréda, Pierre-Michel, Bel-Air, Jeantot, Hôpital Champlain, Vertières et la butte Charrier.

Ces forts assuraient l’hégémonie des Français et protégeaient l’accession à la ville du Cap. Les troupes françaises étaient tellement bien implantées dans le fort Vertières, situé à deux kilomètres du Cap-Haitien, qu’elles pensaient que personne ne pourrait les déloger. Avec un astucieux dispositif de cavalerie, d’artillerie, et surtout de grenadiers qui méprisaient la mort, les forces indigènes (20 000 contre 5 000 Français), firent la preuve d’une étonnante supériorité pour vaincre la plus grande armée d’Europe : vaillance, courage, intrépidité, capacité d’organisation, de stratégie et de tactique, don de soi, générosité, etc. La volonté de vaincre était au plus haut point, même si le prix à payer en vies humaines était très élevé.

La bataille de Vertières

La bataille de Vertières s’est déroulée à Vertières près du Cap-Français dans le Nord d’Haïti), le 18 novembre 1803. Elle oppose les troupes commandées par le général de Rochambeau (envoyé par Napoléon) à celles du général Jean-Jacques Dessalines. Ce fut la dernière bataille de l’expédition de Saint-Domingue.

La résistance des troupes menées par Dessalines et la 9e brigade commandée par François Capois à la victoire finale obligent Rochambeau à capituler.

Contexte

À la suite de l’abolition de l’esclavage de 1794, Toussaint Louverture parvient à chasser les Anglais de l’île et commence à la gouverner. Napoléon Bonaparte rétablit l’esclavage, fait capturer par traîtrise Louverture et envoie 23 000 soldats sous les ordres de Charles Victoire Emmanuel Leclerc reprendre le contrôle de l’île. Les troupes françaises sont décimées par la fièvre jaune, et malgré un renfort de 10 000 hommes sont réduites à 2 000 soldats retranchés à Fort Vertières3.

Les combats
La résistance française

Le 18 novembre 1803, Jean-Jacques Dessalines ordonne de prendre le fort de Vertières, situé sur une colline à côté de la ville de Cap-Français. François Capois dit Capois-la-Mort commandait une demi-brigade qui est en partie décimée par le tir des canons en provenance du fort. Il lance un nouvel assaut, mais ses hommes sont encore fauchés, au pied de la colline, par la mitraille. Capois court chercher des renforts, puis pour la troisième fois, il lance ses forces à l’assaut de ce fort en vain et laissant une fois de plus de nombreux morts. Lors du quatrième assaut, il demande à ses hommes de le suivre en criant : « En avant ! En avant ! ». Pendant qu’il était à la tête de ses hommes, son cheval est touché par un boulet de canon, il tombe, mais Capois prend son épée, se relève et court se mettre à nouveau à la tête de ses soldats noirs en criant toujours « En avant ! En avant ! ». Son bonnet garni de plumes, est emporté par un boulet. Un messager personnel de Rochambeau monte sur son cheval et part vers Capois-La-Mort. Avec une voix forte, il crie : « Le général Rochambeau envoie des compliments au général qui vient de se couvrir de gloire comme ça ! »
Les renforts de Dessalines

Pour renforcer les bataillons épuisés de Capoix-La-Mort, Dessalines envoie des renforts sous les ordres des généraux Gabart, Clervaux et Jean-Philippe Daut. Au milieu de l’après-midi, Gabart prend position sur la butte de Charrier avec Benjamin Noël. Les combats redoublent d’intensité. Le soir venu, les deux tiers des défenseurs français étaient morts ou blessés.

La capitulation de Rochambeau

Le lendemain matin, un officier français, Duveyrier, se rend aux sentinelles de Capois et est conduit au quartier général de l’armée haïtienne sur un cheval et porte le message suivant : « Le capitaine-général Rochambeau offre ce cheval comme une marque d’admiration pour l’« Achille noir » pour remplacer celui que son armée française regrette d’avoir tué ». Les pourparlers avec Dessalines durent une journée entière. Avant la tombée de la nuit, un accord est signé. Rochambeau obtient dix jours pour évacuer le fort de Vertières et embarquer les restes de son armée et quitter Saint-Domingue.

Les conséquences

L’île est proclamée indépendante de la France officiellement le 1er janvier 1804 par l’Acte de l’Indépendance de la République d’Haïti lu par Dessalines aux Gonaïves. Haïti devient alors la première république noire au monde.

Lors de la Seconde Restauration, le royaume de France ne reconnaît pas cette indépendance acquise contre la République française. En 1826, le roi Charles X réclame à Haïti une indemnité de 150 millions de francs or à la jeune république pour que la France reconnaisse son indépendance. En 1838, sous la monarchie de Juillet, cette dette sera allégée par le roi Louis-Philippe à 90 millions de francs et fut intégralement versée à la France en 1883. Le payement des intérêts de la dette contractée pour payer l’indemnité ne cesse qu’en 1952.

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